Christelle Morvan. Sans titre. Technique mixte sur toile. 93 x 65 cm. Signée.

"Nous sommes faits de la même matière que nos souvenirs." Jorge Luis Borges.

€390.00

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Il y a des portraits qui cherchent à ressembler. Et ceux qui fouillent. Celui-ci appartient plutôt à la seconde catégorie : sous une apparente décomposition de matière (papier, pigments, fragments de textes arrachés au flux du monde) surgit un visage. Ou plutôt ce qu’il en reste après le passage du temps, de la mémoire, et peut-être d’un peu de lucidité.

Chez Christelle Morvan, la technique mixte est un langage. Formée aux pratiques contemporaines du collage et de l’assemblage, elle développe depuis plusieurs années un travail centré sur la mémoire visuelle, l’érosion des identités et la persistance des traces. Ses œuvres, régulièrement exposées dans des galeries indépendantes et salons d’art contemporain, explorent ce territoire incertain entre apparition et disparition.

Ici, le support semble presque archéologique : couches de papiers imprimés, fragments de typographies anciennes, surfaces brûlées ou altérées. Le visage émerge de ce chaos organisé comme une photographie oubliée dans un grenier trop humide ou comme si l’image avait décidé de résister, malgré tout. La matière blanche, presque calcaire, agit comme une corrosion inversée : elle n’efface pas, elle révèle.

On pourrait y voir une réflexion sur l’identité à l’ère de la saturation visuelle. À force d’images, que reste-t-il d'un visage ? Une empreinte instable, un palimpseste. Ce portrait semble dire que vous aussi, vous êtes faits de fragments — simplement mieux rangés.

Ce qui frappe, au-delà de la puissance plastique, c’est l’équilibre entre accident et maîtrise. Rien ne paraît totalement contrôlé, mais rien n’est laissé au hasard non plus. Notre regard se perd dans les textures, revient au visage, puis repart — comme une enquête sans résolution. Une œuvre qui ne cherche pas à séduire immédiatement, mais qui s’installe. Et qui, discrètement, finit par vous regarder.