
Jenö Verocei. " Figures ". Huile sur toile. 73 × 100 cm
" Ce qui compte, ce n’est pas de comprendre immédiatement, mais de rester suffisamment longtemps pour que quelque chose insiste. " Georges Didi-Huberman.
€380.00
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Cinq personnages occupent l’espace comme on occupe une salle d’attente sans billets ni destination. Ils sont là, ils tiennent debout, parfois penchent, parfois s’affaissent, mais aucun ne semble avoir été informé de la raison exacte de sa présence. Le peintre, lui, n’a visiblement pas jugé nécessaire de nous en dire davantage.
La matière est épaisse, presque laborieuse. L’huile est posée, repoussée, incisée, comme si la toile avait opposé une légère résistance — résistance que l’artiste a prise comme une invitation. Les lignes orangées qui cernent les figures ne les enferment pas : elles les soulignent, les rappellent à l’existence, un peu comme on entoure au feutre un mot important qu’on ne comprend pas encore.
La palette est volontairement retenue : verts sourds, bruns terreux, gris fatigués, ponctués de jaunes et d’oranges plus insistants, presque nerveux. Le tout compose une figuration expressive, frontale, sans anecdote, où le sujet n’est pas ce que font les personnages, mais le fait même qu’ils soient là, ensemble, et manifestement pas tout à fait d’accord sur la situation.
Le format (73 × 100 cm) renforce cette impression : ni intime ni monumental, juste assez large pour accueillir un groupe, trop étroit pour lui offrir un confort réel.
Pourquoi nous a-t-il plu ?
Le tableau donne le sentiment d’avoir été peint par quelqu’un qui connaissait intimement la matière. Trop intimement, peut-être. À tel point qu’on s’est surpris à se demander si Jenö Verocei n’avait pas été, dans une vie parallèle ou précédente, souffleur de verre, forgeron, ou au minimum quelqu’un qui a déjà frappé un matériau en espérant qu’il réponde.
Cette peinture a quelque chose de physique, presque artisanal. Elle ne caresse pas la surface, elle la travaille. On sent moins le chevalet que l’atelier, moins le silence du musée que le bruit sourd d’un geste répété.
Ensuite, parce qu’elle semble se tenir à la lisière de plusieurs mondes : trop figurative pour être abstraite, trop déformée pour être classique, trop libre pour être sage. À ce titre, il n’est pas absurde — ni totalement sérieux, donc parfaitement acceptable — de la rapprocher de ce que l’on appellera plus tard la Nouvelle Figuration : cette manière de revenir à la figure sans renoncer à la liberté, ni à une certaine inquiétude formelle.
Enfin, parce que ce tableau donne l’impression d’un artiste qui n’a pas cherché à faire école, ni carrière, ni doctrine. Il a peint. Et il a peint comme on parle avec les mains : parfois trop fort, parfois à côté, mais rarement pour ne rien dire. Enfin, il faut bien l’avouer : nous aimons ces artistes dont le nom n’est pas un slogan. Ceux qui obligent à parler de peinture avant de parler de cote.
Ce que l'on connait de l'artiste
L’œuvre est signée Verocei en bas à gauche. Ce nom correspond à celui de Jenö Verocei, peintre mentionné dans plusieurs ventes publiques françaises comme hongrois, actif au milieu du XXᵉ siècle, parfois décrit comme réfugié politique et ancien étudiant des Beaux-Arts.
À ce jour, aucune source académique incontestable (monographie, notice muséale, dictionnaire de référence) ne permet d’établir une biographie complète et définitive de l’artiste. Les informations disponibles proviennent essentiellement du marché de l’art et doivent être lues avec la distance critique qui s’impose — distance que nous cultivons avec un certain attachement.
