L'Art moderne se joue de la famille (2/3) : quand les enfants commencent à désobéir...

Dans le premier épisode, nous avions fait la connaissance de Papy Tradition, convaincu que les Grecs avaient définitivement réglé la question de la peinture, de Mamie Grand Frisson, persuadée que les émotions méritaient bien quelques libertés, et de leur fils, Tonton Premier de la Classe, qui réussit l'exploit de devenir encore plus académique que ses propres parents. Tout semblait encore sous contrôle. Enfin... presque. Car pendant que Tonton Premier de la Classe enseignait consciencieusement les règles de la perspective, une jeune cousine avait pris une décision aussi simple que révolutionnaire : sortir de l'atelier. Peindre dehors. En regardant réellement le paysage. L'histoire de l'art allait devenir beaucoup plus compliquée. Et beaucoup plus amusante.

7/5/20263 min read

L’impressionnisme de Cousine Instant Présent

Chez les Tradition, personne ne comprit vraiment ce qui lui passa par la tête.

Alors que son frère passait ses journées dans les musées à copier les maîtres anciens, Cousine Instant Présent chargea un chevalet sur son épaule et partit peindre au bord d'une rivière. En plein soleil.

Quelle drôle d'idée. Son père soupira. « Une esquisse », pensa-t-il. Elle répondit : « Non. Le tableau. » Car c'est bien là toute la révolution impressionniste. Les artistes ne cherchent plus à représenter ce qu'ils savent d'un paysage. Ils peignent ce qu'ils voient. Mieux encore : ce qu'ils voient à cet instant précis. La lumière change ? Le tableau change. Le vent se lève ? Les couleurs changent. Un nuage passe ? On recommence. Les coups de pinceau deviennent rapides. Les contours moins précis. Les ombres cessent enfin d'être noires.

Le quotidien entre en peinture : des promeneurs, une gare, un café, un jardin, une rue après la pluie. Autant de sujets qui auraient donné quelques palpitations à Tonton Premier de la Classe.

Il faut reconnaître une chose à Cousine Instant Présent : elle ne détruit aucune règle. Elle cesse simplement de croire qu'elles sont toutes indispensables.

Le postimpressionnisme d’Henri « Et Pourquoi Pas ? »

Les enfants ont cette qualité agaçante de ne jamais ressembler exactement à leurs parents. Henri en est la preuve. Il admire profondément sa mère. Mais il commence aussi à trouver qu'elle répète un peu toujours la même chose.

La lumière. Encore la lumière. Toujours la lumière. Très bien. Mais après ?

Henri veut davantage. Pourquoi une couleur devrait-elle ressembler à celle que l'on observe ? Pourquoi un arbre ne pourrait-il pas être bleu ? Pourquoi une montagne ne pourrait-elle pas exprimer une émotion ? Pourquoi la peinture devrait-elle copier le monde, alors qu'elle pourrait tout aussi bien inventer le sien ?

Henri expérimente. Sans arrêt. Il change de technique comme d'autres changent de chemise. Il simplifie les formes. Renforce les couleurs. Déforme les perspectives. Cherche une construction plus solide. Ou, au contraire, une expression plus libre.

Sous son drôle de prénom se cachent d'ailleurs plusieurs personnalités. Parfois un peu Cézanne. Parfois un peu Van Gogh. Parfois un peu Gauguin. Et quelquefois aucun des trois.

Le postimpressionnisme n'est pas un style, c'est un immense laboratoire. Une porte laissée ouverte. À partir de lui, tout devient possible. Et, pour être honnête, c'est précisément ce qui commence à inquiéter le reste de la famille.

Le symbolisme de Tata Mystère

Henri avait une sœur. Enfin... on la croisait surtout les soirs de pleine lune. Tata Mystère ne ressemblait à personne. Elle parlait peu. Souriait rarement. Et semblait toujours réfléchir à quelque chose que les autres ignoraient. Pendant que son frère observait la nature, elle préférait explorer les rêves, les mythes, les légendes, les peurs, les désirs, les symboles.

Car le Symbolisme repose sur une idée finalement très simple. Tout ce que l'on voit cache autre chose. Une fleur n'est jamais seulement une fleur. Une porte n'est jamais seulement une porte. Un miroir est rarement un simple miroir.

Chaque image devient une énigme. Chaque tableau une invitation à interpréter. Les couleurs se font plus sourdes. Les atmosphères plus silencieuses. Le temps semble suspendu.

À vrai dire, personne ne sait exactement à quoi pense Tata Mystère. Mais tout le monde est persuadé qu'elle pense très profondément. Elle ne s'en formalise pas, le mystère lui va très bien. Et, il faut reconnaître qu'elle a laissé quelques tableaux parmi les plus fascinants de toute la famille.

À suivre...

À ce stade, notre arbre généalogique ressemble encore à une famille presque normale. Presque.

Car les enfants de Tata Mystère vont bientôt décider que les couleurs n'ont plus besoin d'imiter la nature. Et que les objets peuvent parfaitement être vus de plusieurs côtés... en même temps. Autrement dit, le prochain repas de famille promet quelques discussions animées. Nous y rencontrerons Fauve Loulou, qui considère qu'un ciel vert n'a jamais fait de mal à personne, et Petit Pablo le Démonteur, qui démontera littéralement la réalité morceau par morceau avant de tenter de la remonter.

Autant vous prévenir : à partir de là, les choses deviennent franchement... cubiques.