Verre de Murano : quand la lumière devient or (et couleur)

Il y a des objets qui racontent une histoire. Et puis il y a les lampes en verre de Murano : ces merveilles lumineuses qui, à elles seules, semblent murmurer des siècles de savoir-faire, d’exubérance chromatique et d’amour passionné entre le souffle des artisans et la flamme des fours. Bienvenue dans l’univers où le verre n’est pas seulement un matériau, mais une poésie en trois dimensions éclairée.

2/19/20266 min read

Murano : une île, un mythe, une verrerie

À quelques encablures de Venise, séparée par un canal mais intensément reliée par l’histoire, se trouve l’île de Murano. Depuis le Moyen Âge, ses ateliers de verre sont légendaires. En 1291, la République de Venise ordonne le transfert de tous les maîtres verriers vers Murano : craindre les incendies ? Peut-être. Mais surtout, préserver et concentrer l’un des savoirs les plus précieux de l’époque.

Le verre de Murano devient rapidement synonyme d’excellence. À tel point que les maîtres verriers se voient conférer des privilèges exceptionnels, dignes de rock stars de la Renaissance : liberté personnelle, droit de porter une épée, et protection juridique — ce qui, à l’époque, valait sûrement mieux qu’un dollar en poche.

Mais au-delà des récits pittoresques, cette reconnaissance officielle a permis de concentrer un savoir technique et stylistique unique : soufflage, filigranes, millefiori, aventurine, incalmo… Autant de procédés qui transformeront le verre en une matière expressive, presque vivante.

Quand Murano rencontre la lampe : une histoire de lumière et de souffle

Les artisans de Murano n’ont jamais considéré le verre comme un matériau timide. Ils lui demandent toujours plus : plus de couleur, plus de finesse, plus de complexité… Jusqu’à faire du verre non seulement un objet visible, mais un objet qui émet de la lumière avec une poésie propre.

L’objet « lampe » arrive naturellement dans ce répertoire : l’idée n’est pas seulement d’éclairer, mais de sublimer la lumière grâce au verre. Sur une lampe de Murano, l’ampoule ne fait que commencer son travail. Le vrai spectacle, c’est le verre qui :

  • décompose la lumière en éclats chromatiques inattendus,

  • joue avec la transparence et l’opacité,

  • chante subtilement entre les pleins et les vides,

  • transforme un faisceau en dentelle colorée.

Une lampe de Murano ne se contente pas d’éclairer une pièce : elle la raconte.

Les années 50 à 70 : l’âge d’or des lampes en verre de Murano

Après la Seconde Guerre mondiale, le design d’objet entre dans une ère de renouveau. L’Italie, en particulier, devient un centre névralgique de créativité stylistique. Et Murano, avec son héritage séculaire, se retrouve parfaitement positionnée dans cette effervescence.

Couleurs, formes et créativité sans compromis

Les années 50 à 70 sont une période où les maîtres verriers osent :

  • des couleurs saturées et parfois explosives,

  • des formes organiques qui semblent défi er la gravité,

  • des textures inédites (rustichelli, bullicante, zanfirico),

  • des silhouettes qui évoquent des fleurs, des gouttes, des étoiles…

Les lampes de Murano deviennent des icônes du design moderne, à mi-chemin entre l’objet d’art et l’éclairage fonctionnel.

Modèles et designers emblématiques

Quelques créations et pièces qui ont marqué cette période :

  • Lampes murales et plafonniers floraux : formes généreuses, couleurs vives, verres multicouches.

  • Lampes en bullicante : verre constellé de bulles, comme si la lumière elle-même avait décidé de faire la fête.

  • Modèles zanfirico : motifs filigranés pris dans la masse du verre, sophistication technique au service de l’esthétique.

  • Lampes organiques et libres : silhouettes asymétriques, parfois inspirées de la nature, parfois sorties d’un rêve géométrique.

Parmi les noms qui émergent ou se distinguent :

  • Seguso Vetri d’Arte : maître de l’expression colorée.

  • Barovier & Toso : héritier d’une tradition millénaire mise au goût du jour moderne.

  • Venini : référence absolue en matière d’exploration formelle.

  • Mazzega : interprète audacieux des couleurs et des volumes.

Mais une autre maison mérite que l’on éclaire particulièrement son histoire : Veronese.

Veronese : quand le verre devient langage

La maison Veronese est moins célèbre du grand public que certains géants du verre vénitien, mais elle représente parfaitement l’entrée du design dans le verre vénitien du XXᵉ siècle.

Hier : l’artisanat affranchi

Fondée au début du XXᵉ siècle, Veronese (qui peut aussi apparaître sous le nom de V. & S. Murano Veronese dans certaines références d’ateliers et catalogues anciens) a rapidement su :

  • intégrer les techniques traditionnelles de Murano,

  • les combiner avec une sensibilité contemporaine,

  • traduire l’élan moderniste dans des objets lumineux.

Veronese ne se contente pas de souffler le verre : il le compose, comme un musicien trace une partition. Ce sont des pièces où la couleur se déplace, flotte, puis s’infiltre dans la forme.

Production des décennies 50–70

Dans les années 50 à 70, Veronese produit des lampes caractérisées par :

  • des globes multicouches aux transitions de couleur subtiles,

  • des formes généreuses mais maîtrisées,

  • une maîtrise du soufflage et de l’épaisseur qui donne à la lumière une qualité organique.

Ces pièces étaient souvent signées Veronese Murano ou présentées avec une plaquette d’origine. Elles sont aujourd’hui très recherchées par les collectionneurs car elles représentent une synthèse parfaite entre technique vénitienne classique et audace design moderne.

Le marché actuel des lampes vintage en verre de Murano

Aujourd’hui, le marché est florissant. Les lampes de Murano des décennies 50–70 sont très prisées, pour plusieurs raisons :

1. Une authenticité irréfutable : chaque pièce est unique, soufflée à la bouche par des artisans qui ne faisaient rien à moitié.

2. Une esthétique affirmée : le goût pour le rétro, le vintage et le design italien du XXᵉ siècle fait de ces lampes des pièces centrales de décoration intérieure.

3. Une rareté croissante : beaucoup de pièces de cette période ont été produites en quantités limitées, et encore moins ont survécu en bon état.

4. Une cote en progression : aux enchères, sur les plateformes spécialisées ou chez les antiquaires, les lampes de Murano — en particulier celles attribuées à des maisons historiques comme Veronese, Barovier & Toso, Venini ou Seguso — se vendent très régulièrement au-dessus des estimations. Certains modèles rares ou signés atteignent des sommets comparables à ceux des meubles ou luminaires d’autres mouvements du design italien. Mais leur valeur ne se limite pas au prix de vente : elle inclut surtout le plaisir visuel et émotionnel que ces pièces continuent d’offrir.

La création contemporaine autour du verre de Murano

Le verre de Murano n’est pas une relique. Il est vivant, respirant, en mouvement.

Aujourd’hui encore, des verreries historiques — et des designers émergents — explorent la lampe comme objet d’expression plastique. La création contemporaine autour du verre de Murano se distingue par :

  • la fusion des techniques millénaires avec des approches modernes,

  • l’expérimentation chromatique,

  • l’utilisation de la lumière LED intégrée,

  • des formes conceptuelles renouvelées,

  • et des collaborations entre artistes plasticiens et maîtres verriers.

Des acteurs historiques qui se renouvellent

Plusieurs maisons historiques n’ont pas seulement survécu : elles ont évolué :

  • Barovier & Toso : continue d’inventer des pièces mêlant tradition et innovation,

  • Venini : collabore avec des designers contemporains pour des collections limitées,

  • Seguso Vetri d’Arte : garde son vocabulaire coloré en explorant de nouvelles textures,

  • Mazzega : propose des rééditions et des pièces inspirées des modèles classiques, adaptées à l’éclairage moderne.

Et bien sûr, des ateliers plus récents émergent, certains jouant avec des concepts presque sculpturaux, d’autres réinterprétant les codes classiques avec humour et audace.

Veronese aujourd’hui : la tradition en mouvement

La maison Veronese, loin de se contenter d’un héritage figé, a su transposer son expertise dans un contexte moderne. Les pièces contemporaines — souvent produites en séries limitées ou en éditions spéciales — affichent :

  • des lignes revisitées,

  • des dialogues entre couleurs plus subtiles ou plus audacieuses,

  • l’utilisation raisonnée de technologies modernes,

  • et surtout une fidélité à cette idée qu’une lampe, pour être belle, doit être vivante.

Ces créations s’adressent à ceux qui ne veulent pas seulement une lampe vintage, mais une œuvre qui raconte une histoire, qui se situe entre artisanat, design et expression personnelle.

Conclusion : le verre de Murano, éternel et réinventé

Le verre de Murano ne se limite pas à une époque.
Il traverse les siècles comme la lumière traverse le verre : en se transformant, en se réfléchissant, en créant des reflets inattendus.

Des maîtres verriers médiévaux aux designers des années 70, de l’âge d’or des lampes colorées à la création contemporaine la plus audacieuse, Murano demeure la capitale mondiale du verre artistique.

Les lampes en verre de Murano ne sont pas simplement des luminaires : elles sont des objets vivants, chargés de couleur, d’histoire, d’émotion et d’humour discret — parce que la lumière, après tout, a toujours eu un sens de la mise en scène.

Et pour celles et ceux qui aiment l’élégance, la couleur, la poésie soufflée à la bouche, les pièces proposées par Galerie du Pollet représentent autant de promesses d’éclairer sa vie avec style.